Et si on concevait une formation comme une série Netflix ? Avec des personnages, du suspense, des épisodes courts… et surtout, l’envie de voir la suite. C’est le pari de Sarah Akel dans son livre Former comme une série à succès. 40 leçons inspirées des séries pour des formations captivantes, à paraître le 21 mai.
Sarah Akel est CEO et co-fondatrice de Change The Work, éditeur e-learning spécialisé dans la formation par les séries, qu'elle a créé en 2016. Elle intervient aujourd'hui comme conférencière sur les sujets d'innovation RH et de futur du travail.
À l’heure où l’attention des apprenants est de plus en plus difficile à capter, elle propose de s’inspirer des codes narratifs des séries pour transformer durablement les pratiques pédagogiques. Dans son livre, Sarah Akel partage une approche concrète et directement opérationnelle pour repenser ses dispositifs de formation. Une invitation à sortir des diaporamas classiques pour créer de véritables parcours d’apprentissage.
Comment vous est venue l'idée de vous inspirer des séries dans le cadre de la formation ?
Tout est parti d'un constat simple : les séries ont résolu un problème que la formation n'a pas encore résolu, celui de donner envie de revenir. On abandonne rarement une série en cours de saison. On abandonne très souvent un module e-learning à mi-parcours. La différence n'est pas dans le contenu, elle est dans la structure narrative.
J’ai toujours adoré les séries et surtout ce que j’ai appris des séries sur des soft skills, du management, des moments historiques. Finalement on apprend beaucoup en bingeant des histoires, alors pourquoi ne pas faire la même chose en elearning ?
Concrètement, qu'est-ce que la scénarisation change dans la manière de concevoir une formation ?
Ça change le point de départ. Un formateur classique commence par "qu'est-ce que je dois transmettre ?" Un scénariste commence par "qu'est-ce qui va retenir l'attention et provoquer quelque chose chez celui qui regarde ?". Il va se demander ce que va ressentir son spectateur à tel ou tel moment.
Ce déplacement de perspective change tout : la structure du module, le choix des exemples, la façon de poser une question.
Dans le livre, je propose 40 techniques issues de séries, de Breaking Bad à Fleabag, qui permettent concrètement de faire ce déplacement, sans être scénariste ni avoir le budget de HBO.
Vous accordez une grande importance à la création de personnages. Pourquoi la personnification est-elle aussi efficace pour engager les apprenants ?
Parce que le cerveau humain est câblé pour s'identifier et pour suivre des destins, pas pour mémoriser des concepts. Quand Walter White prend une mauvaise décision de management, on comprend le biais cognitif en jeu mieux qu'avec trois slides de bullet points. La personnification crée de l'empathie, et l'empathie crée de la mémorisation. C'est vieux comme la fable d'Ésope : on retient l'histoire du lièvre et de la tortue, rarement la définition abstraite de la persévérance.
Vous conseillez d'ajouter une tension dramatique et du suspens, notamment en concluant chaque module par un cliffhanger. Comment utiliser ces techniques à bon escient ?
Le cliffhanger en formation, ce n'est pas du suspens artificiel, c'est une promesse. À la fin d'un épisode de La Casa de Papel, vous ne savez pas si le plan va tenir, donc vous revenez. À la fin d'un module, si l'apprenant se dit "mais alors, comment on fait concrètement dans ce cas-là ?" il reviendra aussi. La technique est à bon escient quand elle naît d'une vraie question ouverte liée aux objectifs, pas d'un effet de style gratuit. Le test : si le cliffhanger disparaissait, est-ce que l'apprenant aurait quand même envie de continuer ? Si oui, ce n'était pas un vrai cliffhanger.
Le format court à la manière d'un épisode est-il compatible avec tout type de contenu, même technique, dense ou complexe ?
Oui, et c'est souvent les contenus les plus complexes qui en ont le plus besoin. La densité n'est pas un obstacle au format court, c'est une raison de le découper intelligemment. Grey's Anatomy réussit à rendre la médecine d'urgence accessible sans trahir la réalité clinique. Ce qui est incompatible avec le format court, ce n'est pas la complexité, c'est le manque de priorisation : vouloir tout dire dans un seul module est une tentation pédagogique qui nuit à la rétention. La contrainte du format court force à choisir, et choisir c'est déjà enseigner.
Votre approche est-elle adaptée aux formations en distanciel ?
Elle a été pensée pour le distanciel autant que pour le présentiel, parce que c'est précisément en distanciel que le problème de l'engagement se pose le plus fortement. Une série, vous la regardez seul, sur un écran, souvent le soir quand vous êtes fatigué, et pourtant vous restez. C'est exactement la situation de l'apprenant en e-learning. Les techniques narratives des séries sont d'abord des techniques de captation d'attention à distance, elles s'appliquent donc naturellement au distanciel, mais elles enrichissent aussi le présentiel, notamment pour structurer une journée de formation comme une saison avec des arcs narratifs.
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